LE MYSTÈRE DU MANOIR 

Par Guyloup

 

 

 

Prologue

 

Léonard Gutterman, pianiste de talent, est prof de musique, concertiste et compositeur. Il a acquis une belle réputation dans le milieu musical en écrivant la musique de 3 films à succès. Il a également enregistré quelques disques de classique (Ancien élève d’Arthur Rubinstein et Daniel Barenboim).

Marié à Solène de Boutignac, proviseur de lycée et passionnée de musique classique, tous deux sont mécontents de l’enseignement de la musique à l’école traditionnelle et de la violence qui y règne. 

Ils rêvent d’ouvrir une école privée pour filles où ils enseigneraient la musique et le respect de la nature, car ce couple est très « bobo écolo ».

 

L’occasion leur est donnée lorsqu’ils héritent d’un joli manoir dans la charmante petite ville de Savigny-sur-Loup. Ils n’ont pas d’enfants malgré toutes les tentatives médicales, et ont fini par abandonner cette idée. A présent, ils veulent se consacrer aux enfants des autres. Un compte en banque bien garni et plusieurs amis professeurs dans diverses matières, également musiciens amateurs de bon niveau, prêts à s’impliquer avec eux, les ont décidés à transformer le manoir en école.

 

L’histoire commence quand tout est en place, les autorisations académiques et prêts bancaires accordés, Léonard et les profs donnent à Noël un grand concert gratuit pour faire connaitre leur nouvelle école et inciter des parents à inscrire leurs enfants musiciens pour la rentrée prochaine.

 

 

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(photo d'une répétition, pour voir plus de photos, c'est ICI,  ICI et ICI

les photos du concert sont à venir)

 

 

La première élève inscrite sera Emilie, la fillette de 6 ans d’un charmant couple, Candice et Colin. Il est directeur financier et elle est mère au foyer. Ils ont également des jumeaux de 2 ans, Margot et Robin. Pour se rapprocher de l’école, ils quittent avec joie leur appartement en grande ville et achètent une maison à Savigny sur Loup, dans laquelle ils emménageront durant l’été. Ils espèrent que Juliette et son mari Florian (frère et belle-soeur de Candice) vont déménager tout près d'"eux prochainement.

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 (photos de la visite de Candice et Colin à la maison qu'ils vont acheter ; plus de photos de ce passage à voir ICI )

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

Florian entendit les éclats de voix dès qu’il mit un pied hors de la voiture.

Ça y est, se dit-il en souriant, Maman et tante Alice se disputent encore pour un de leurs sujets existentiels du genre couleur de maquillage de l’une ou style de vêtements de l’autre !

 

Il fit le tour de sa voiture pour ouvrir le coffre où il avait placé les provisions hebdomadaires de sa mère, achetées au supermarché LaStar dont il était gérant depuis 4 ans.

 

Il songea que jamais il ne s’était chamaillé comme ça avec Candice, peut-être plus avec les jumeaux, Quentin et Cédric, certainement parce qu’ils sont plus jeunes que moi se dit-il. En tous cas, je ne me suis jamais disputé avec notre benjamine, la petite Justine, ça non ! Elle est trop cool cette gamine là, pensa-t-il en souriant, tout en se disant que la dite « petite » Justine, devenue professeur de tennis dans un complexe touristique, avait pris fièrement pris son envol dans la vie et n’apprécierait sans doute pas le qualificatif de son grand frère !

 

Continuant ses réflexions familiales, Florian pensa à ses cousines, Sarah et Myriam. Elles ont hérité de la rousseur de mes jumelles de tantes, Mathilde et Alice, se dit-il, mais surtout du caractère explosif de tante Alice ! en particulier Sarah, car comme le dit Maman « cette gosse est vraiment contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre » ! Il faut avouer que ça définit bien ma petite cousine, conclut-il en sonnant à la porte d’entrée.

 

Les voix exubérantes se turent et Nina lui ouvrit en souriant :

- Salut Florian, comment vas-tu mon grand ?

 

- Bien Maman, répondit-il en l’embrassant sur la joue et en lui tendant les sacs. D’après le bruit que vous faites et qu’on entend jusque dehors, je crois vous allez bien aussi, tante Alice et toi !!

 

- Dis-donc, un peu de respect, jeune blanc-bec, intervint sa tante en riant et en le serrant dans ses bras.

 

- Oui, chère tante vénérée, répondit Florian avec une courbette et un éclat de rire ; mais quel sujet vous a amené à parler aussi fort toutes les deux ? Aurais tu repeint ton institut de beauté d’une couleur qui ne lui convient pas ? Ou bien Maman a un nouveau copain cow-boy qui ne te plait pas ?

 

- Là, Florian, tu exagères, le coupa Alice sèchement, la vie intime de ta mère ne te regarde pas plus que moi !

 

- Allons, tu sais bien que tout ce qui peut faire du bien au moral de Maman me convient, répliqua-t-il très sérieux tout à coup.

 

Il repensa à la mort de son père, cameraman d’info-télé, tombé en 1996 dans une embuscade lors d’un tournage en Irak juste 3 jours après la naissance de Justine, et la longue dépression de Nina qui avait suivi. Candice et lui, alors âgés respectivement de 13 et 16 ans, avaient presque dû jouer le rôle de parents auprès des jumeaux de 2 ans et du bébé. Et malgré toute l’aide apportée par leurs tantes Alice et Mathilde, cela n’avait pas été facile, alors que même Mathilde avait eu ses malheurs quand sa fille et son gendre avaient péri lors d’un vol en hélicoptère à basse altitude dans les Alpes italiennes un soir de brouillard. Elle avait dû se charger de ses 2 petites filles de 12 et 7 ans à l'époque.

 

Il secoua les souvenirs. Le passé était le passé et le présent était bien plus agréable. A présent, toute la famille allait pour le mieux ou presque.

 

- Mais non, intervint Nina, il ne s’agit pas dut tout de ça. Et pour clore le sujet, je fréquente toujours Bill McLeod. Je vous le présenterai un de ces jours, enfin… s’il arrive à venir affronter toute la famille réunie, ce qu’il n’a pas osé tant vous lui faites peur !!

 

- Allons donc, fit Alice en s’esclaffant, un américain qui dresse des purs-sangs et fait des rodéos, il aurait peur de nous ?!!!

 

- Tu sais, quand on te montre en photo et qu’on parle de toi tante Alice, il y a de quoi avoir peur, dit Florian en riant.

 

Il échappa de justesse au coussin de canapé que sa tante lui lança à la tête en riant tout autant que lui.

 

- Hé, les gosses là, si vous repreniez votre sérieux, on pourrait raconter à Florian ce qui nous préoccupait. Allons dans la cuisine ranger les courses, on parlera pendant ce temps là.

 

(photos  à venir du déballage des courses dans la cuisine)

 

Voilà, continua-t-elle pendant qu’elle vidait les sacs fourre-tout des leur contenu, Candice et Colin vont déménager parce qu’ils veulent mettre Lucie dans cette nouvelle école privée axée sur l’enseignement de la musique et de la nature qui s’est ouverte dans le manoir. Mathilde veut également leur confier Sarah afin d’y faire sa terminale qu’elle redouble, en espérant que ça va l’assagir… Tu te rends compte une école de musique classique et d’enseignement de la nature. Moi ça me choque ! Cela parait tellement ringard ! Mais ta tante trouve ça très bien, on se demande pourquoi ??… à moins que ça ne soit juste pour dire le contraire de moi !

 

- Super ! s’exclama Florian d’un air ravi, c’est officiel alors ? c’est bien, ils vont être près de toi, on se verra plus souvent… et puis la maison est belle. Tu la connais, c’est la maison Lacoste. Elle est vraiment superbe et le terrain est magnifique.

 

- Si je comprends bien, rétorqua Nina furieuse, tu étais au courant et tu ne m’en as rien dit toi non plus ?

 

- Et bien, M’man, justement, je voulais te parler de cette école. Parce que vois-tu, avec Juliette, on envisage d’y inscrire Capucine pour la rentrée. En plus Candice m’a dit qu’elle aimerait inscrire Lucie. Ça nous a confirmé dans notre idée. Comprends nous, c’est un plus pour nos enfants de faire une école qui leur apportera quelque chose d’important comme pouvoir faire de la musique. Même si elles n’en font pas une carrière, ça leur restera toute leur vie, c’est une grande richesse de pouvoir se changer les idées en jouant d’un instrument quand on le maîtrise bien. Et puis le coté nature peut aussi les inciter à faire une carrière dans un métier de l’environnement. A mon avis il y a aura un fort débouché dans le futur.

 

Nina le regardait de travers :

- Vous êtes tombés sur la tête tous ou quoi ? C’est la première année ! On ne sait rien de cette école ni de ces gens, et ça doit coûter les yeux de la tête.

 

- Tu sais, coupa Alice avec un air malicieux, pour ta mère, en dehors de la musique country, le reste c’est de la daube !

 

- Oh, la ferme Alice ! s’exclama Nina, arrête tes âneries, là on parle sérieusement ! C’est l’avenir de mes petites filles et de ma nièce qui est en jeu. Vous voulez leur donner une éducation en dehors des règles normales ? Dans un monde où ça compte plus que jamais ?

 

- Qu’est-ce qui est normal dans les écoles maintenant Maman ? Que les mômes se droguent ou s’envoient en l’air, et passent leur temps le nez sur leur téléphone ? Je ne crois pas que ça puisse être pire dans une école privée tenue par 2 personnes connues. L’une est célèbre pour sa virtuosité et ses compositions de musiques de films, et l’autre fait partie d’une famille respectée dans notre région depuis plusieurs générations.

 

- Oui, parlons-en de celle-là, Maaaaadame la baronne !! Elle ne se prend pas pour rien avec ses allures snobs. Toute petite déjà, elle ne touchait pas terre quand on la croisait dans la rue… Je n’ai pas envie que mes petites filles se la pètent en grandissant, moi !

 

- C’est vraiment n’importe quoi Maman. On a rencontré ce couple. Lui, il donne des cours de piano depuis des années en annexe dans le lycée où son épouse, toute « Madame la baronne » qu’elle ait l’air, était proviseur, très estimée et respectée. Alors crois-moi, ils nous ont vraiment rassurés…. Ils ont hérité de ce manoir et c’est vraiment généreux de leur part d’investir leur avoir pour offrir un enseignement plus « propre » à un petit nombre d’élèves qui le pourront. En plus, tu sais que notre Myriam va y enseigner aussi. Ça devrait plutôt te paraître bien : tout le monde se rapproche de toi, la famille va se retrouver dans un rayon de 15 kilomètres au plus. On se verra bien plus souvent. Je ne vois pas pourquoi tu te mets dans de tels états.

 

-Pfffffffff…. Si je comprends bien, vous avez décidé ça derrière mon dos sans rien me dire, c’est vachement cool de votre part les enfants…

 

- Ne le prends pas comme ça, M’man ! On voulait te l’annoncer dimanche quand tu serais venue manger à la maison avec toute la famille. Même Mathilde sera là avec les filles.

 

-Mouai… fit Nina d’un air sombre ; et toi Alice, tu étais au courant ?

 

-Je te jure que non, fit Alice, mais tu sais bien que je suis toujours la 5e roue du carrosse avec mon sale caractère. Je te signale que tu me le rappelais encore tout à l’heure avant l’arrivée de Florian, quand tu as dit que je n’avais jamais été capable de…

 

-Ah, stop !! bon sang, vous êtes vraiment 2 gamines toutes les deux ! interrompit Florian en riant…. Maman, ne me dis pas que tu ne serais pas content d’avoir Candice tout près de chez toi ?

 

-Si c’est sur… vous me manquez tellement tous les deux, autant que vos enfants, avoua Nina les larmes aux yeux.

 

- Et tu sais, en plus Candice et Colin nous ont dit qu’une belle maison était à vendre dans la rue où ils ont trouvé la leur. Depuis, Juliette qui rêve de quitter l’appartement pour un pied-à-terre me casse les pieds pour qu’on aille la visiter rapidement.

 

- C’est vrai mon grand ? Ce serait tellement bien de vous avoir là aussi. Mais ça te ferait de la route chaque jour pour aller à LaStar ?

 

- Ça, ce n’est pas grave ! Pour une qualité de vie à la campagne, je veux bien me lever un peu plus tôt. Tu sais ça ne fait que 25 mn de route, pas plus que quand je viens te voir pour t’apporter tes courses……. parce que tu t’es fait retirer ton permis de conduire une fois de plus, ajouta Florian avec un gros clin d’œil et un sourire en coin !

 

- Je n’étais pas en excès de vitesse. Combien de fois devrais-je te le répéter ? s’insurgea Nina d’un ton outré. Ni la première ni la seconde fois, ce cochon de policier a menti. C’est pour ça que je l’ai envoyé balader, et que la deuxième fois ça a fini par une engueulade, avec une amende et un retrait. En plus, depuis je suis sure qu’il me traque. Il m’a dans le collimateur parce que je lui ai dit ma façon de voir. Je vous le répète depuis des mois, personne ne veut me croire… et pourtant je ne suis pas la seule. Il y a plusieurs personnes qui commencent à se plaindre de lui dans la région.

 

- Peut-être Nina, fit Alice, mais n’empêche qu’on a un coin drôlement tranquille. Pas de cambriolages, pas de magasins visités, il faut admettre qu’il fait super bien respecter l’ordre.

 

- A quel prix ! L’avenir nous le dira. Moi, il ne m’inspire aucune confiance, et tu sais que j’ai l’instinct des gens, répondit Nina d’un ton sentencieux.

 

- Bon, je dois rentrer avant que Juliette ne téléphone pour dire qu’elle s’inquiète, les interrompit Florian qui connaissait assez les deux femmes pour savoir qu’elles risquaient de disserter sur le sujet pendant un bon quart d’heure ou même plus ! Alors à dimanche Maman….. tante Alice ou tante Mathilde et les filles passeront te prendre pour t’amener à la maison, ça te va ?

 

- C’est parfait mon grand, merci pour les courses… à dimanche, et…. Nina s’approcha et posa la tête sur son épaule en ajoutant : excuse-moi de m’être emportée, mais c’est une décision tellement importante que vous prenez là que je ne suis pas sure de….

 

-Je dois y aller M’man, on en reparle dimanche, OK ?!! coupa nettement Florian en la serrant gentiment dans ses bras.

 

(photo à venir de la mère et du fils en câlin)

 

Un rapide bisou sur la joue d’Alice, et le voilà parti pour retrouver sa tendre épouse Juliette, avec leur adorable petite Capucine et le nettement moins adorable bébé qui saccageait son sommeil depuis 6 mois en réclamant sa mère plusieurs fois par nuit à grand renfort de hurlements sonores………. Tiens, se dit Florian en rigolant, avec un tel registre, il doit tenir de ma mère et de tante Alice celui-là !

 

Il démarra, mit le clignotant et s’engagea doucement sur la route. La nuit tombait et dans la pénombre d’une entrée inhabitée non loin de là, il crut apercevoir la voiture de patrouille de la ville, garée tous feux éteints, mais avec un homme au volant dont on apercevait la lueur de la cigarette…. Décidément, ce policier veillait sur la ville avec le plus grand sérieux…. Ou alors surveillait-il les allées et venues des gens, comme le prétendait sa mère ?

 

 

Fin du chapitre 1